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La promotion 2009 des commissaires-priseurs a été accueillie par M. Fréderic Mitterrand,  Ministre  de la Culture et de la Communication dans les salons de la rue de Valois pour la cérémonie de remise des diplômes


Le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques  et la Chambre nationale des
commissaires priseurs judiciaires sont  chargés ensemble d’organiser la formation des futurs commissaires-priseurs . Après l’Assemblée Nationale et ses salons de la questure en 2008, après la Fondation Cartier en 2009,  la cérémonie 2010 s’est déroulée dans les salons de la rue de Valois où les diplômés ont eu l’honneur d’être reçus par le Ministre de la Culture et de la Communication.

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Ils ont reçu leurs diplômes des mains de Madame Bernadette Chirac et Monsieur Jacques Garcia, parrain et marraine de la promotion.

 

A lire :

Le discours de M. Frédéric Mitterrand,  Ministre de la Culture et de la communication

Madame la Présidente, [Madame Bernadette Chirac]
Monsieur le Président de la Chambre des Commissaires-priseurs, cher Ludovic Morand,
Madame la Présidente du conseil des ventes volontaires, chère Francine Mariani-Ducray,
Cher Maître [Le Fur],
Cher Jacques Garcia,
Chers diplômés,

On a dit des descriptions de Balzac qu’ils sont des « inventaires de commissaire-priseur » : quel honneur pour votre profession d’être ainsi rapproché de celui qui sut faire émerger un monde, celui de la Comédie humaine, un peu à la manière de ces continents engloutis et de ces vies enfouies que vous exhumez à travers un objet. La Chambre nationale des commissaires priseurs judiciaires et le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques - chargés ensemble d’organiser la formation des futurs commissaires-priseurs - ont pris l’habitude d’organiser chaque année, dans un lieu de culture, une véritable cérémonie de remise de ces diplômes, sous la présidence de la marraine et du parrain que se choisissent les diplômés qui composent la promotion.

Après l’Assemblée Nationale et ses salons de la questure en 2008, après la Fondation Cartier en 2009, il me revient de vous accueillir au Palais-Royal aujourd’hui, à l’initiative de Francine Mariani-Ducray, qui connaît bien cette maison et qui m’a demandé d’accorder l’hospitalité à la cérémonie 2010 de remise des diplômes. J’ai répondu favorablement au point de décaler le calendrier de démarrage des travaux de restauration des salons au lendemain de notre petite cérémonie, pour au moins deux raisons :
- non seulement parce que, aux côtés de la Garde des sceaux et de la ministre de l’Economie, le ministre de la Culture et de la Communication est évidemment l’un des acteurs gouvernementaux du soutien à l’activité des ventes aux enchères, si importantes pour le marché de l’art ;
- mais aussi parce que vous allez entreprendre, chers diplômés, une carrière qui, pour beaucoup d’entre vous, sera une carrière d’acteurs de la culture, du patrimoine et de la création artistique. Et je me réjouis de saluer à travers vous la jeune génération des professionnels de ce domaine.

Permettez-moi d’abord de vous féliciter pour le choix de vos marraine et parrain, et de me tourner en tout premier lieu vers eux, qui nous font l’honneur de leur présence pour vous remettre, dans quelques instants, vos diplômes.

Madame [Bernadette Chirac], c’est très naturellement que les jeunes commissaires-priseurs se sont tournés vers vous, vous qui, année après année, organisez à l’Hôtel Drouot, pour soutenir les actions de la fondation Hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France, dont vous êtes la Présidente depuis seize ans, des ventes aux enchères en présence de nombreuses personnalités des arts et de la culture qui tiennent le marteau. En vous choisissant comme marraine, c’est aussi l’ensemble de votre action
nationale, marquée tout particulièrement par votre engagement social et culturel, que la promotion a souhaité comme emblème. Permettez-moi de citer non seulement l’attention que vous avez porté aux réalisations culturelles chères au Président Chirac, qu’il s’agisse du musée du Quai Branly, de la rénovation du musée Guimet ou du musée de Sarran. Ce sont aussi vos réalisations sociales qui ont été mises en exergue, à travers la fondation Hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France, que vous avez
considérablement développée, et depuis trois ans la fondation Claude-Pompidou, qui a pour but de venir en aide aux personnes âgées, aux malades hospitalisés ainsi qu'aux enfants handicapés. Le Trophée de
la Femme de Coeur qui vous a été décerné en 2010 traduit ce rayonnement.

Cher Jacques Garcia, votre propre parcours est édifiant : vous êtes aujourd’hui connu, admiré, envié pour vos innombrables aménagements de grande décoration. Votre devise est « Allier grand genre et manière simple, vie de château et vie facile, et que cela palpite». Votre talent est tel que
vous donnez l’impression qu’il suffit d’un coup de baguette magique et de quelques dessins pour décorer, restaurer, transformer hôtels et maisons, sur tous les continents, dans la richesse et l’élégance d’un « grand style » des XVII et XVIIIème siècles métamorphosés. Votre oeil est très vite exercé, votre goût rapidement assuré : on dit que vous avez acheté à 14 ans une paire de bougeoirs de Thomas Germain, à 18 ans, des toiles de Klein et de Fontana, et que vous avez élu domicile, étudiant, dans la chambre d’étudiant de Jean-Michel Frank, un des précurseurs du minimalisme. Je voudrais saluer votre oeuvre la plus personnelle sans doute, la résurrection du château de Champ-de-Bataille en Normandie. Vous le contempliez, enfant ; vous êtes parvenu à l’acquérir et à le restaurer et décorer entièrement. Vous y avez d’ailleurs accueilli les commissairespriseurs stagiaires.

Votre maîtrise originale des espaces, votre connaissance érudite de l'histoire de l'art, votre amour des objets et des textures, qui vous ont conduit à constituer une ample collection personnelle, ne pouvaient manquer de susciter l’attention des jeunes commissaires-priseurs qui vous ont choisi comme parrain. A l’occasion de cette soirée, le talent de deux jeunes designers, le duo Antoine [Audiau] et Manuel [Warosz], sera également mis à l’honneur, à travers l’invitation et la réalisation d’une oeuvre éphémère. Je tenais à vous remercier et à vous rendre hommage. Entre mythologies pop et subtiles recherches typographiques, vous développez des collaborations avec des noms prestigieux dans le domaine de la mode et des arts visuels [Hédi Slimane, Christian Lacroix, Yvon Lambert], avec des lieux dédiés à la création chorégraphique, jusqu’à l’affiche de l’exposition Casanova for ever
proposée par le FRAC Languedoc Roussillon en 2010, qui a remporté un très vif succès. C’est une grande joie et un grand honneur de vous compter tous parmi nous ce soir.

Chers diplômés, je sais qu’un certain nombre d’entre vous se destineront à d’autres salles de vente. Vous comprendrez toutefois que le ministre de
la Culture et de la Communication saisisse l’occasion qui nous réunit ce soir pour évoquer, sur quelques points, la situation du marché de l’art. Vous entamez, cher jeunes diplômés, un parcours difficile et exigeant car vous allez devoir réunir des talents économiques - vous allez faire vivre et développer des entreprises, vous allez renforcer les compétences des femmes et des hommes qui les composent - mais également des talents d’érudition, de discernement esthétique et de construction du goût. Vous allez recueillir des collections entières que confieront à votre expertise et votre savoir-faire d’adjudicateurs ceux qui les auront constituées ou leurs héritiers.

Vous allez choyer des oeuvres majeures dont on trace le parcours depuis quelques décennies ou quelques siècles. Vous allez aussi chercher, découvrir, mettre au jour, faire accéder à la meilleure valeur économique des biens inconnus ou apparemment désuets. Votre métier va bien au-delà de la fonction économique et commerciale : il s’agit souvent de révéler la beauté d'objet méconnus ou oubliés, donc de transmettre la part de rêve, d'imaginaire, d’épopée parfois qui s'y attache.

Mais vous n’êtes pas seuls dans cette mission si décisive pour les particuliers, les familles, les collectionneurs, mais aussi pour les institutions patrimoniales publiques. Les marchands, antiquaires et galeristes ont un rôle déterminant par leur patiente constitution d’un stock, par la relation bilatérale privilégiée qu’ils entretiennent avec leurs clients, par la promotion obstinée et constante d’artistes découverts jeunes, parfois soutenus jusqu’à la célébrité. Vous allez travailler en relation avec eux dans toute votre vie professionnelle. Je suis très heureux de les saluer ce soir, je les remercie de s’être associés à cette cérémonie de remise de diplômes. Elle n’est pas seulement une fête de promotion, elle se veut aussi une rencontre en hommage à tous les acteurs du marché de l’art.

Nous avons connu il y a quelques jours une Biennale des Antiquaires, qui a remporté un vif succès et rassemblé plus de 50 000 visiteurs. Dans quelques semaines, s’ouvrira la Foire internationale d’art contemporain (FIAC). Ces grands événements internationaux sont des marqueurs de l’activité économique et artistique, ils servent toutes les professions de l’art. Il me semble en effet que par-delà des différences de régime juridique dans l’activité commerciale – je ne parle pas ici des ventes judiciaires - la parenté et la solidarité des acteurs du marché de l’art sur notre territoire est primordiale. La France est aujourd’hui dans une situation particulière sur laquelle nous devons tous nous interroger. Elle est un pays particulièrement riche de patrimoine mobilier, et un pays particulièrement libéral, compte tenu de cette richesse, quant à l’exportation des biens culturels. Je rappelle que mes prédécesseurs et moi-même, depuis la législation de 1992, encore libéralisée en 2000, nous prononçons en moyenne moins d’une quinzaine de refus de certificat d’exportation chaque année.

En raison de cette communauté d’intérêts, je voudrais m’arrêter un instant sur des considérations qui vous sont communes. Dans un marché européen et mondial extrêmement concurrentiel, alors que notre pays a été façonné par le modèle historique du « monopole des commissaires-priseurs », certaines réalités nous fragilisent : le grand nombre des intervenants, leur taille modeste, l’absence, jusqu’à il y a peu d’années, de préoccupations de financement des entreprises du marché de l’art français. Nous devons sans doute les dépasser. Nous devons le faire en préservant le très haut niveau de compétence artistique et scientifique des acteurs privés du marché de l’art. A l’heure de la mondialisation du marché de l’art, alors que nous disposons d’atouts exceptionnels et que nous observons une belle résistance dans certains secteurs - art déco, art d’Afrique et d’Océanie, livres et manuscrits,
entre autres - la tendance au recul de la place de Paris se confirme. Notre responsabilité collective est de faire en sorte que la France ne soit pas simplement un grenier, par ailleurs épuisable, de biens culturels dont les pièces les plus prestigieuses sont exportées pour être commercialisées à
meilleur prix hors de France. Vous, jeunes commissaires-priseurs, allez développer votre activité dans une économie ouverte. Il s’agira pour vous, comme pour les marchands et les pouvoirs publics, de faire en sorte que notre pays retrouve sur certains marchés la place capitale qui fut la sienne.

Vous devrez pouvoir pour cela vous battre à armes égales avec vos concurrents européens et mondiaux, sans être limités dans votre développement par une législation, qui demeure trop restrictive ou par des désavantages compétitifs au regard du marché mondial. En étroite collaboration avec la Garde des sceaux et la ministre de l’Economie, je soutiens donc la poursuite de l’examen de la proposition de loi de modernisation des ventes aux enchères publiques, qui doit démarrer
à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année. Je mesure les craintes légitimes qu’elle suscite, j’y suis attentif. Néanmoins je suis convaincu que la transposition obligatoire - et désormais urgente - de la « directive Services » favorisera de nouvelles perspectives de développement. Elle permettra aussi le maintien ou la relocalisation en France d’opérations qui échappent à notre territoire.
D’autres initiatives relèvent du niveau communautaire, telle que l’harmonisation du régime applicable au droit de suite, qui est perçu dans notre pays à l’occasion de la vente de toute oeuvre réalisée par un artiste vivant ou décédé depuis moins de 70 ans. Il est clair qu’une application à deux vitesses au sein des pays de l’Union n’est pas un élément de saine concurrence entre vos entreprises et celles travaillant chez nos voisins. Nous sommes proches de l’échéance de la première période d’application
de la directive européenne « droit de suite ». Or la Commission européenne n’a à notre connaissance toujours pas lancé l’étude de bilan prévue par ce texte. Les démarches du Gouvernement auprès de la Commission vont donc s’intensifier pour que le bilan de l’application de la directive soit établi. Il s’agit d’une part de garantir la protection des droits des artistes mais aussi la compétitivité des places européennes en matière de marché de l'art. Je viens moi-même d’écrire en ce sens à Michel Barnier, qui est le Commissaire européen compétent sur ce sujet. Chers jeunes diplômés, à l’heure où l’on observe des signes de reprise du marché de l’art français, il nous faut sans doute aller plus loin encore, en envisageant d’autres initiatives, d’autres chantiers. A la veille de la FIAC, le 18 octobre prochain, j’organiserai donc ici, au ministère de la Culture et de la Communication, une table ronde, afin que les professionnels confrontent leurs expériences et émettent de nouvelles propositions pour l’avenir, dans
le cadre de l’observatoire du marché de l’art. N’oublions pas cependant que les évolutions susceptibles de permettre l’émergence d’acteurs français plus forts, plus concurrentiels et de taille
internationale, dépendent au premier chef des professionnels eux-mêmes, et donc de vous.

Je veux dire à cet égard l’attention que je porte à la situation de l’Hôtel Drouot, ce lieu emblématique des enchères en France. Car au-delà des affaires judiciaires en cours, la question essentielle – et cette question n’est pas nouvelle - concerne la stratégie d’une institution qui, si elle reste le premier lieu d’enchères en France, n’a cessé de voir diminuer son poids relatif sur le marché de l’art français. Lieu de vente unique et attachant, l’Hôtel Drouot doit sans doute faire évoluer sa structure pour devenir un
opérateur capable de rivaliser avec les principaux acteurs internationaux du marché de l’art, porteur d’un projet ambitieux et néanmoins respectueux de l’histoire et des spécificités de l’institution. Son avenir est entre les mains de ses dirigeants et de ses actionnaires.

Les responsables de l’hôtel Drouot ont pris ces dernières semaines d’importantes mesures de réorganisation de leur logistique, qu’il convient de saluer. C’était le préalable indispensable à tout autre projet de réforme. Attentif aux évolutions qui se feront jour, je veillerai à encourager toutes les
initiatives qui permettront de renforcer l’institution. Dans la continuité de l’action conduit par plusieurs de mes prédécesseurs, je considère que si le ministre de la Culture n’a pas de compétence directe
ou exclusive à l’égard du marché de l’art, il doit favoriser la convergence des intérêts entre les institutions culturelles publiques et les entreprises présentes sur ce marché. Les musées et les centres d’art enrichissent leurs collections par achats sur le marché, et parfois préemption en vente
publique. Un marché riche et approvisionné, des relations d’estime et de confiance entre les acteurs du marché et les acteurs de la politique du patrimoine : ce sont les conditions d’un développement partagé. Je ne doute pas que vous poursuivrez dans cette voie.

En ce qui concerne le système de la préemption, indispensable aux collections publiques, connu et respecté par les commissaires priseurs, j’ai demandé qu’il continue à être exercé avec discrétion préalable et discernement. Je tiens à rappeler le rôle des institutions culturelles patrimoniales et de la création artistique dans le développement du marché de l’art. Je sais combien leur programmation est un soutien à l’activité. L’exemple évident est celui du musée du Quai Branly, qui a fortement contribué à ce que
la France soit le lieu de ventes majeures dans le domaine des arts premiers. Le département des arts de l’Islam au Louvre, et le musée Guimet, assument un rôle équivalent dans ces domaines. Les expositions temporaires sont également un facteur de notoriété et de visibilité : ainsi l’année 2010 a-t-elle été une année Lalanne, grâce à l’exposition proposée au musée des arts décoratifs. Je voudrais pour finir évoquer les questions liées à la formation. Dans le prolongement du dialogue que vous avez engagé au sein de l’Ecole du Louvre, je suggère au Conseil des ventes et à la Chambre nationale des commissaires–priseurs d’examiner avec l’Institut national du patrimoine (INP) la possibilité d’insérer dans la formation des promotions contemporaines une occasion de rencontre et de dialogue partagé entre les jeunes commissaires-priseurs et les futurs conservateurs du patrimoine.

Il est important que vous maîtrisiez ensemble le maniement des règles de protection du patrimoine, de circulation des biens culturels, de lutte contre les trafics illicites, les pillages archéologiques et le blanchiment. La profession que vous avez choisie et que vous vous apprêtez à exercer est l’une des plus prestigieuses et l’une des plus exigeantes du monde de l’entreprise. Pour beaucoup d’entre vous, vous allez conduire une double carrière de commissaire-priseur, judiciaire d’une part, et de ventes volontaires d’autre part. A la fois auxiliaires de la justice, et tenus à cet égard à des règles très rigoureuses, vous allez épouser une déontologie exigeante qui doit être conçue par vous comme une nécessité absolue et un atout commercial. Vous allez vous adapter à des formes de circulation des biens et de commerce aujourd’hui émergentes. Soyez des innovateurs, soyez à l’écoute du monde, sachez exporter votre savoir-faire, que vous soyez entrepreneurs indépendants ou que vous rejoigniez de grands groupes.

Quelles que soient vos spécialités à venir, sachez que vous trouverez, ici Rue de Valois mais aussi dans toutes les directions du ministère de
la Culture et de la Communication, dans toutes les institutions culturelles qui en relèvent, un accueil chaleureux, une attention permanente pour favoriser
votre développement et valoriser vos réussites. J’espère que vous saurez faire montre des mêmes talents diplomatiques que l’un de vos lointains prédécesseurs présents dans La Peau de Chagrin
de Balzac : "Trois mois après, un commissaire-priseur me remit onze cent douze francs, produit net et liquide de la succession paternelle. Des créanciers m'avaient obligé à vendre notre mobilier. Accoutumé dès ma jeunesse à donner une grande valeur aux objets de luxe dont j'étais entouré, je ne pus m'empêcher de marquer une sorte d'étonnement à l'aspect de ce reliquat exigu. - Oh ! me dit le commissaire-priseur, tout cela était bien rococo. "

Bonne chance à vous.
 



Le discours de Me Ludovic Morand, président de la CNCPJ
consulter le discours

Le discours  de Madame Francine Mariani-Ducray, présidente du Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques

Cher Monsieur le Ministre,
Madame,
Monsieur le Directeur du cabinet du Ministre d’Etat,
Cher Monsieur Jacques Garcia,
Cher Monsieur le Président de la Chambre nationale des commissaires priseurs judiciaires,
Cher jeunes diplômés,
Mesdames et Messieurs,

Je vous exprime une immense reconnaissance, un peu émue, cher Monsieur le Ministre, pour avoir, à la seconde même où je vous en formulais la demande, accordé l’hospitalité prestigieuse du Ministère de la culture et de la Communication en ses salons du Palais-Royal pour la petite cérémonie d’aujourd’hui.

Comme chaque année précédente, le Conseil et la Chambre nationale cherchaient un lieu important pour la création, le patrimoine et la culture. Nous voici au sommet.

Le Conseil des ventes et moi-même vous exprimons notre reconnaissance pour l’attention de tous les instants que vous portez à toutes les composantes du marché de l’art et à ses liens avec les questions de politique culturelle. La bienveillance des membres du Gouvernement est spécialement nécessaire aux acteurs des ventes aux enchères dans la période présente.

Cher Monsieur Jacques Garcia, j’espère que vous me pardonnerez de ne pas dire autre chose vous concernant que, d’une part, une franche et ancienne admiration, et, d’autre part, la joie que j’ai eue, grâce à M Hervé Aaron, de vous rencontrer un peu longuement il y a quelques jours.

Je m’adresse respectueusement à vous, Madame, pour ajouter mes remerciements à ceux, déjà exprimés à votre égard, d’accepter ainsi d’ajouter une générosité supplémentaire pour de jeunes et talentueux professionnels aux grandes actions que vous conduisez ; mais aussi pour saisir l’occasion de vous exprimer plus personnellement une gratitude particulière parmi bien d’autres. Il y a neuf ans presque jour pour jour, s’ouvrait à Bordeaux la première exposition du groupe franco-américain de musées « FRAME » ; vous aviez accordé votre haut patronage à cette association, et il s’agissait de la première exposition d’une série, maintenant longue et à laquelle s’attache Marie-Christine Labourdette. L’exposition était consacrée à l’essor de l’art américain dans la première moitié du vingtième siècle. Elle a failli ne pas s’ouvrir, car quinze jours avant, alors que les œuvres prêtées par les musées des Etats-Unis n’étaient pas encore parties de leurs institutions, a eu lieu l’attentat du 11 septembre 2001. Après la sidération de cet horrible événement, beaucoup étaient abattus, et pensaient à une annulation pure et simple, car la tristesse l’emportait et l’espace douanier des Etats-Unis était, bien sûr, entièrement fermé à tout mouvement. Mais par votre soutien moral et vos interventions, jointes à celles d’une dame américaine exceptionnelle, Elisabeth Rohatyn, vous avez fait en sorte que cet événement culturel, le premier lié à l’Amérique après le désastre, ait lieu néanmoins, et fasse la preuve que le dialogue de la culture est plus fort que la terreur. C’est l’exemple de ténacité et d’honneur que vous apportez à la promotion que je voudrais pour ma part respectueusement saluer.

Merci à vous, Chers et Imaginatifs Artistes, d’avoir conçu, à la demande de la promotion, un diplôme si magnifique, qui leur servira de talisman et de souvenir collectif (un pour tous, tous pour un) dans leur carrière.

Et c’est donc vers vous, chers jeunes diplômés, que je me tourne à présent.

D’abord recevez mes vives félicitations.

La formation que vous avez terminée avec succès est sélective, dense et exigeante.

Je forme le vœu qu’elle vous aide dans la suite de votre parcours professionnel à la mesure de l’énergie avec laquelle y ont travaillé les collaborateurs du CVV (merci beaucoup, particulièrement, à Catherine Baron), en liaison toujours étroite avec la chambre nationale des Commissaires priseurs judiciaires, vos maîtres de stage, et les deux remarquables établissements d’enseignement supérieur qui assurent la partie théorique des enseignements : merci à L’ESCP PARIS Europe, championne internationale en masters de management des entreprises, et merci à la chère Ecole du Louvre, si forte de sa tradition et si novatrice à la fois.

Je m’adresse à vous, chers jeunes diplômés, en tant que commissaires priseurs des ventes volontaires.

Si le cœur de votre métier, l’organisation de la vente aux enchères, n’a pas considérablement changé depuis des années, l’environnement économique et juridique dans lequel vous allez travailler est quant à lui en constante évolution depuis 10 ans, avec des conséquences directes pour vous. Vous êtes désormais à la fois tributaires et acteurs de cette évolution.

Avant la loi de 2000, les activités de ventes judiciaires et de ventes volontaires étaient réalisées par des entités uniques, les offices, dirigés par les commissaires-priseurs.

 

Dix ans après la séparation des activités judiciaires et volontaires introduite par la loi de 2000, s’est développée une activité de ventes volontaires autonome. La parenté des deux secteurs est encore très forte, il faut s’en réjouir, mais les enjeux de l’activité commerciale apparaissent de plus en plus différents, pour les entreprises, de ceux des ventes judiciaires. Ainsi, si les SVV développant une activité volontaire non liée à celle d’un office aux activités judiciaires n’étaient que 7% en 2002, elles sont près d’un cinquième aujourd’hui. Et ce sont ces 17% de sociétés qui réalisent la moitié des adjudications, tous secteurs confondus.

 

Leur diversité de structure et d’organisation est déjà fort grande : dans les 67 SVV qui ne sont pas adossées à un office judiciaire, une moitié est dirigée par un commissaire priseur, l’autre non. Vous devez vous préparer à être soit, ou tour à tour dans votre carrière, concepteurs et chefs d’orchestre de ventes aux enchères, patrons, actionnaires ou salariés …


Cette évolution vers la diversité des formes d’organisation et de développement commercial va se poursuivre avec la transposition attendue de la Directive « Services ». Demain, toutes les formes individuelles et collectives d’exercice d’une activité économique seront possibles pour conduire l’activité de ventes volontaires aux enchères publiques. Le choix de la forme ne relèvera que de la volonté de l’entrepreneur et des contraintes économiques, notamment en termes de financement et de perspectives de croissance. Le rapprochement des opérateurs de ventes volontaires avec les sociétés commerciales, qui sera enfin possible, permettra de nouveaux projets de développement capitalistique, sur tout le territoire. Il aura sans doute pour conséquence une reconfiguration des acteurs.
 


Vous entrez donc dans un monde d’entreprises qui sont en développement, fortement soumises à la concurrence, et qui évoluent dans un marché complexe, dans lequel la connaissance des acteurs autres que français est essentielle mais où un savoir-faire français a toute sa place.

  Il est clair que les autorités publiques en charge de la formation aux ventes aux enchères volontaires vont devoir poursuivre et accentuer leur effort pour la modernisation de la formation (je ne parle ici que de celle qui prépare aux ventes volontaires), pour l’ouvrir plus encore sur l’économie et le management, sur l’environnement international. L’histoire de l’art sera pour les uns une armature de spécialisation forte, pour les autres un bagage de culture générale, qui fera la place nécessaire aux autres secteurs de commerce que celui des objets d’art et de collection. Le droit y sera toujours indispensable, mais il ne pourra plus être le facteur déterminant de sélection à l’entrée dans la formation.  Le CVV se consacrera à cette évolution, avec les concertations nécessaires, notamment avec le Syndicat des maisons de ventes volontaires, et en liaison étroite avec la Chambre nationale des commissaires priseurs judiciaires. J’espère que vous serez plus tard, à votre tour, des maîtres de stage enthousiastes et attentifs à la transmission des hautes valeurs que doivent défendre les commissaires priseurs. Acceptez tous les voeux de réussite que forment pour vous l’ensemble des membres du conseil des Ventes.

Liens :

Le site du Ministère : http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Commissaire-Priseurs-promotion-2009