Revendiquons, revendiquons, comme la lune !

09-11-2021

Charles Lanrezac, général et tacticien réputé, passa à la postérité pour avoir critiqué ainsi la doctrine militaire en vigueur en 1914, qui a coûté à la France une lourde hécatombe : « Attaquons, attaquons, … comme la lune ».

Il m’arrive de penser à cette formule célèbre, qui coûta vraisemblablement à son auteur, considéré comme « tiède », la haine de Joffre et son commandement, lorsque je constate certains abus dans la politique de revendications.

Le marché des ventes publiques a bien des avantages pour permettre toutes sortes de revendications : il est ouvert, il communique, il est régulé, il obéit à une déontologie, et il est animé par des professionnels qui essaient de bien faire leur travail au service des vendeurs et des acheteurs, qui sont leurs clients.

Les catalogues bien illustrés et diserts fournissent aux autorités qui souhaitent revendiquer un matériau tout prêt. Il n’y a plus qu’à revendiquer, quitte à perturber les ventes, et à frustrer les vendeurs et les acheteurs. Il n’est pas question ici de justifier des trafics de biens archéologiques, des vols qualifiés et des financements par ce biais d’opérations hautement condamnables.

Dès qu’un doute sérieux s’élève, et pourvu qu’il soit justifié, les professionnels du marché, experts et maisons de ventes, retirent les objets, expliquent, se justifient, voire s’entremettent pour effectuer les restitutions. C’est bien l’avantage de ce marché qui n’est ni « gris », ni souterrain, et où les réputations, construites par l’expérience et la compétence se font lentement.

Mais pourquoi abuser ? Depuis quelques temps, des pays étrangers s’emploient régulièrement, par la voie de courriers officiels, à réclamer des pièces archéologiques, en arguant de leur loi nationale qui interdit leur exportation.

Ces lois sont parfaitement justifiées, et permettent, dans ces pays, de réprimer des trafics indéniables, mais elles n’ont de valeur qu’en droit interne. Sur notre sol, ce sont les lois françaises qui s’appliquent, et elles seules, et il n’a jamais été démontré qu’elles étaient inefficaces et que nos services de police, comme la justice, n’étaient pas diligents pour les faire appliquer.

Il ne suffit donc pas de réclamer, sur le simple vu d’une photo d’un catalogue de vente, la restitution d’un bien, pour l’obtenir. Je vois bien que les tendances sont aujourd’hui à restituer des pièces importantes appartenant aux collections publiques, je le comprends, mais il faut une loi pour y procéder.

De même, il faut une argumentation juridique solide pour paralyser une vente. Le Conseil des ventes ne peut que recommander à ces autorités de respecter nos lois, comme nous respectons les leurs.